La prescription d’activité physique
Le projet pilote de « prescription d’activité physique (PAP) »
Le ministère de la Santé et de la Sécurité sociale travaille sur un concept de « prescription d’activité physique » en collaboration avec le ministère des Sports, l’Institut national de l’activité physique et du sport, la Fédération Luxembourgeoise des Associations de Sport de Santé, le Cercle des Médecins Généralistes et la Société Luxembourgeoise des Médecins du Sport.
Ce concept permettra aux médecins d’orienter les patients éligibles vers une structure adaptée avec un encadrement par des professionnels de l’activité physique au sein d’une des associations dédiées (notamment les associations membres de la FLASS). Le projet pilote cible dans un premier temps les patients atteint d’une maladie cardiovasculaire, d’une maladie oncologique et/ou du diabète du type 2. Afin de pouvoir profiter d’une PAP, le patient doit être dans un état stable de sa maladie au moment de la prescription.
L'introduction de ce concept au Luxembourg est en continuité avec les efforts de prévention du ministère de la Santé et de la Sécurité sociale. La prévention s’articule autour de 3 dimensions : la promotion et le développement d’habitudes de vie saines (prévention primaire), la détection précoce des maladies pour pouvoir les traiter ou réduire leur impact (prévention secondaire) et la minimisation des conséquences graves (prévention tertiaire). En parallèle, la création d’environnements favorables à la santé sont développés.
Prescrire une activité physique aux patients inactifs atteint des maladies chroniques apportera une dimension complémentaire aux projets déjà mis en place par le gouvernement et les associations conventionnées. Elle aidera à la prise en charge précoce propice à un pronostic de guérison meilleur ou à une atténuation des symptômes, ainsi qu’à une diminution des coûts à long terme (4).
Formation des médecins prescripteurs
Le déploiement du projet pilote est prévu pour début 2026. Une plateforme digitale dédiée à la prescription d’activité physique sera mise à disposition des médecins souhaitant participer au projet pilote, par l’agence eSanté. L’accès à cette plateforme sera réservé aux médecins ayant participé à la formation sur la prescription d’activité physique.
La formation sera proposée dans un format hybride :
- Plusieurs modules en E-learning et donc accessible via une plateforme en ligne (pour une durée totale d’environ 8h)
- Des modules et des discussions de cas pratiques en présentiel.
Les recommandations internationales et les bonnes pratiques concernant l’activité physique
L’OMS recommande au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée, ou au moins 75 minutes d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente par semaine (1).
Elle recommande également deux séances par semaine de renforcement musculaire. Cette recommandation vaut aussi bien pour les adultes en bonne santé que pour les adultes atteints d’une ou plusieurs maladies chroniques, qui sont encouragés à pratiquer une activité physique dans la limite de leurs capacités physiques.
Pour tous les patients (et plus particulièrement pour ceux qui ont très peu, voire aucune expérience en activité physique), un encadrement médical et professionnel est très important. Celui-ci permet de prévenir des blessures soudaines ou de surcharges, et d'assurer une participation régulière et adaptée.
La prescription d'activité physique a été reconnue et est promue à la fois par l'OMS et par plusieurs pays (européens et non européens) comme un moyen fiable pour réduire le fardeau des maladies chroniques, et pour augmenter le bien-être et la qualité de vie des patients. Par exemple, dans une étude randomisée (publiée le 1er juin 2025) il a été montré que l’activité physique réduisait la mortalité de 37% chez des patients ayant eu une résection du colon suite à un cancer, et une chimiothérapie adjuvante (2).
La situation actuelle au Luxembourg
Les maladies cardio-neuro-vasculaires restent au Luxembourg, comme dans la majorité des pays européens, la première cause de mortalité tout juste avant le cancer, et sont par ailleurs à l’origine d’une morbidité, et donc de coûts de santé importants (3,4).
Pour les maladies cardiovasculaires ainsi que certains cancers, et les maladies chroniques telles que le diabète, la promotion de comportements favorables à la santé tels qu'une alimentation équilibrée et une activité physique régulière peut avoir un impact positif sur la qualité de vie et contribuer à diminuer les symptômes (6).
42,3 % des résidents luxembourgeois de plus de 18 ans ont déclaré pratiquer au moins 150 minutes d'activités d'endurance par semaine. Le niveau d’activité physique diminue avec l’âge, les personnes de plus de 75 ans étant trois fois moins actives que les jeunes adultes de 18 à 24 ans (figure 1). L’absence d’activité physique est la quatrième cause de mortalité dans le monde et est qualifiée de « pandémique », ce qui nécessite une réponse appropriée (7)
Figure 1 Distribution de la population ne pratiquant pas d’activité physique d’endurance par classe d’âge, en 2014 et 2019 (8)
En dépit du besoin (pour les patients insuffisamment actifs) de bénéficier de conseils et d'orientations de la part de professionnels de santé, une étude récente menée auprès de médecins généralistes au Luxembourg a révélé que seulement 26,6 % des patients bénéficient de conseils en matière d'activité physique (9). Une autre étude récente a révélé que 55 % des médecins généralistes dispensent des conseils en matière d’activité physique chaque semaine, mais ne fournissent pas d’orientation claire dans 55 % des cas (10). Cela contraste avec une étude antérieure menée au Danemark, où il a été constaté que 95,5 % des médecins généralistes donnaient chaque semaine des conseils sur l'activité physique à leurs patients (11). Sensibiliser les médecins et les professionnels de santé à l’importance de l’activité physique et à la manière de l’intégrer dans leur pratique serait un premier pas vers une prescription de l’activité physique au Luxembourg.
Références:
1. Bull FC, Al-Ansari SS, Biddle S, Borodulin K, Buman MP, Cardon G, et al. World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour. Br J Sports Med. 2020;54(24):1451–62.
2. Courneya KS, Vardy JL, O’Callaghan CJ, Gill S, Friedenreich CM, Wong RKS, et al. Structured Exercise after Adjuvant Chemotherapy for Colon Cancer. N Engl J Med. 2025;1–13.
3. Santé D de la. Plan National: Maladies Cardio-Neuro-Vasculaires. 2023.
4. Economic Impact of NCDs | Division of Global Health Protection | Global Health | CDC [Internet]. [cited 2023 Apr 25]. Available from: https://www.cdc.gov/globalhealth/healthprotection/ncd/economic-impact.html
5. Al-Maskari F. LIFESTYLE DISEASES: An Economic Burden on the Health Services | United Nations [Internet]. [cited 2022 May 23]. Available from: https://www.un.org/en/chronicle/article/lifestyle-diseases-economic-burden-health-services
6. Börjesson M, Hellenius M, Jansson E, Karlsson J, Leijon M, Ståhle A, et al. Physical Activity in the Prevention and Treatment of Disease. 2010. 621 p.
7. Kohl HW, Craig CL, Lambert EV, Inoue S, Alkandari JR, Leetongin G, et al. The pandemic of physical inactivity: Global action for public health. Lancet. 2012;380(9838):294–305.
8. Luxembourg Institute of Health. European Health Interview Survey (EHIS): Obésité, Nutrition et Activité Physique. 2021.
9. Lion A, Lethal J, Delagardelle C, Seil R, Urhausen A, Theisen D. General practitioners do not counsel more physical activity after a public health campaign. Dtsch Zeitschrift für Sport J Sport Med. 2022;73(1):36–42.
10. Bahdur K, Carson F. Physical activity promotion . A cross-sectional study exploring the practice , attitudes , and barriers amongst Luxembourg ’ s healthcare professionals. 2024;27(2):1–8.
11. Jorgensen TK, Nordentoft M, Krogh J. How do general practitioners in Denmark promote physical activity? Scand J Prim Health Care. 2012;30(3):141–6.
Dernière modification le